Ив Пэнгийи. Остров Уэсан: кровь и туман
Dec. 3rd, 2010 04:16 pm![[personal profile]](https://www.dreamwidth.org/img/silk/identity/user.png)
© Joëlle Jolivet, иллюстрация

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Работа, участвующая в конкурсе "Музыка перевода 2" | ||
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Qui voit Ouessant voit son sang – 1ère partie (оригинал) | ||
Écoutez et vous entendrez Si vous voulez vous croirez Si vous voulez vous ne croirez pas Voici ce que j'ai à vous dire. * Brume. Brouillard. Brouillardise. C'était chaque jour et chaque nuit un épouvantable jour et une épouvantable nuit, sur l'île et sur la mer. Il faut dire que « le temps qui passe » s'était déjà éloigné de plus d'un mois de l'équinoxe d'automne. Pour les pêcheurs de l'île et pour leurs familles, les temps étaient durs. À cette époque, que ce soit du côté de la baie de Pol ou à la pointe du Créac'h... là où les viltansous venus de chez le Diable dansent la nuit, il n'y avait pas de port pour les bateaux. Chaque jour de leur vie, les femmes avec leurs hommes poussaient ou tiraient les esquifs dont la coque toujours trop lourde glissait sur les planches tartinées d'algues et de varech. À cette époque, les enfants, pour remplir leur ventre, n'avaient guère plus que leurs parents. Chaque jour ou presque, un peu de soupe trop claire et une écuellée de bouillie d'avoine. Pas plus. Heureusement, de temps en temps, on améliorait l'ordinaire avec quelques crabes que les petits allaient attraper quand la mer, une fois basse, faisait semblant de se calmer un peu. C'était ça, la vie sur Ouessant. Ce jour-là, les bavelures de l'écume jetèrent sur les galets des étoiles de mer toutes recroquevillées. C'était certainement un signe maléfique. La nuit qui suivit fut une de ces nuits où les fantômes des rochers quittent les cliques et les grèves pour aller rôder près des maisons basses et de leur misère. Au matin ce fut un nouveau dimanche. Toujours pas de nouvelles de la Marie-Clotilde. Un jour de plus sans qu'elle soit rentrée vers la rade de Brest. Les vieilles depuis dix dimanches déjà savaient qu'elle ne reviendrait plus; qu'une fois encore la tempête et la mer s'étaient entendues pour faire mourir un beau navire, pour l'effacer du monde des vivants. Ce dimanche matin-là, Aziliz se décida: elle pleura Erwan, son fiancé, disparu à jamais avec tous ceux de la Marie-Clotilde quelque part au-dessous des vagues. Elle et lui ne se marieraient pas. Erwan qui savait si bien prendre entre ses mains sa tête a elle, coiffée de dentelle, ne la caresserait plus furtivement le soir après la procession de mars ou après une simple veillée. Fini. Lui dont les mains se voulaient plus câlines que les courants qui enserrent Ouessant aurait droit à présent à sa petite croix de cire au cimetière de Lampaul. Aziliz pleurait et les mouettes qui criaillaient se moquaient. Peut-être savaient-elles qu'il у avait déjà eu beaucoup de larmes comme celles-là pour saler la mer. À Ouessant, toutes les mères et les femmes, tous les enfants, garçons et filles, pleuraient les disparus de la Marie-Clotilde. Ils pleuraient sans même lever le poing devant l'océan qui, une fois de plus, avait pris pour lui un enfant de l'île. À Ouessant cette fois encore, après tant de jours de tempête, il n'y eut plus guère à man¬ger dans les maisons et il ne restait sur l'île qu'un seul bateau mal en point qui aurait eu bien besoin d'être calfaté avant de s'en retourner pêcher. Ce fut un plus vieux que les autres qui prit pour tous la parole. Un vieux culotté par les brises, un vieux bien ancré dans ses sabots par le poids de ses soixante-dix ans d'âge. - Moi, je sais comment faire, dit-il. Il reprit son souffle et ajouta: - Je sais comment faire pour manger. J'ai été corsaire avec les corsairiens de France dans mon jeune temps, et boucanier aussi sur des îles mariées avec le soleil. J'ai fait sur les mers bien des choses que ne ferait pas ailleurs un simple chrétien. Alors... puisque Dieu lui-même nous a oubliés, seul l'Autre peut nous aider. - Lequel d'Autre ? demanda une voix qui tremblait déjà. - L'Autre, le Diable. Toutes les mères et les femmes, tous les enfants, garçons et filles, plus de rares vieux et vieilles, se signèrent en silence. - Qu'est-ce que tes mots veulent nous dire ? questionna la vieille Soaz, mère d'Aziliz. - Ils veulent dire que chacun de nous peut devenir un vrai saltin... un pilleur d'épaves, comme ils disent. On a trop faim. On va crever. Les joues des enfants n'ont pas plus de couleur que l'eau de pluie. Faut faire les naufrageurs ! - Naufrageurs ! Non ! Pas çа ! - Jamais ! - Le faire, ce serait être maudit dans sa vie et dans sa mort. Des voix s'élevaient, mais le vieux reprit : - Mieux vaut être maudit que laisser mourir les enfants ! - On ne peut pas être éternellement maudit quand on veut faire vivre les enfants, ajouta la vieille Soaz. Sans en dire plus, ils s'agenouillèrent en silence autour du vieux corsaire. Serrés. Ils savaient tous qu'ils devaient en arriver là puisque aucune aide ne leur venait plus depuis si longtemps de la mer ou du ciel. Le soir même, dès que la nuit eut jeté son encre sur le monde, laissant la tempête se débrouiller seule pour toutes ses attaques, ils firent venir les vaches sur les rochers. Ils prirent bien soin de les faire marcher là, du côte où les récifs sortent de la mer dans le creux des vagues, aussi dangereux que des sabres d'abordage. Chaque vache portait, accrochées à ses deux cornes, deux torches bien allumées. Dans une nuit aussi épouvantable, alors que la tourmente de l'eau et celle de l'air dansaient le sabbat, un bateau était bien obligé de se perdre... Aucun bon capitaine, ne disposant d'aucune bonne étoile pour se repérer au milieu des hurlures du vent, ne pourrait choisir la bonne route. Alors arriva ce qui devait arriver, c'est-à-dire се que Dieu... ou Diable voulut. |
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Конкурс организован бюро переводов iTrex. |
Работа, участвующая в конкурсе "Музыка перевода 2" | ||
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Qui voit Ouessant voit son sang – 2nde partie (оригинал) | ||
... Un capitaine aperçut la lumière... sur son tribord. Un phare, certainement ! Il donna ordre à la barre et continua sa route droit devant. Vers le feu qui éclairait. Vers la mort qui attendait... ... Le feu n'était qu'un feu follet inventé et qui dansait ; c'était un feu sorti de la chaudière du Diable, un feu d'enfer et rien d'autre. Le brick approcha, sous ses seuls huniers. Quand ceux de l'île le virent, au dernier moment, avant qu'il ne s'écrase sur les rochers, déjà démantelé par les récifs du large, son clin-foc déchiré battait l'air comme pour inscrire sur le noir de la nuit un dernier mes¬sage de détresse. Le vieux sortit son couteau de sa poche. Il prévint : - C'est pour en finir avec les rescapes. С'est obligé, sinon nous finirons au bout d'une corde. Leurs yeux brillaient, près de leurs vaches dans la nuit. Personne ne pouvait dire si l'eau qui mouillait leurs visages était embruns ou larmes. D'un seul coup, on entendit la voix du capitaine hurler dans la nuit : - Dieu de Dieu ! Les maudits ! Ils nous ont trompés ! Ce fut tout. La coque de chêne se fracassa sur les brisants. Aziliz, à genoux dans la nuit, pleurait sans bouger, paralysée par trop de chagrin. Aux premières lueurs de l'aube, les couteaux avaient été lavés dans la mer. Le pillage était achevé. Le ciel était remercié. Ils purent vivre quelque temps sur les restes de cargaison récupérés. Mais bientôt, sur l'île, les vivres de nouveau vinrent à manquer. Il fallut recommencer. Encore après, plus de dix fois il fallut recommencer... Les ventres, oui, se remplissaient et, chaque fois qu'il était nécessaire de naufrager un nouveau navire, on allumait un feu sur le haut du rocher de la pointe, en se servant du bois d'épaves. Aucun n'était naufrageur par plaisir, mais pour que les enfants et eux-mêmes mangent presque à leur faim. Le dimanche, ils allumaient des cierges pour l'âme des trépassés. Aziliz, ce jour-là, jetait dans la mer une couronne d'ajoncs qu'elle avait tressés en у mêlant souvent des narcisses sauvages ou des perce-pierres. Elle n'avait plus toute sa tête, la pauvre. Elle parlait à la mer ou aux nuages. Ses joues s'étaient creusées et leur couleur rose s'était évanouie. C'était comme si le manque d'amour, comme si l'absence d'Erwan étaient chez elle une blessure inguérissable, donnant à ses gestes et à son sourire des lenteurs qui annonçaient la mort. Quand elle cessait de se parler à elle-meme, ou à l'image d'Erwan qui trottait dans sa tête, c'était seulement pour penser que d'autres filles comme elle, mais des blondes ou des rousses peut-être, pleuraient là-bas, au bord d'un autre océan, un fiancé noyé ici par les naufrageurs. Quand, une fois de plus, les vivres vinrent à manquer, la grande famille de l'île s'apprêta pour naufrager un nouveau navire. Aziliz, ou plus folle ou moins folle que jamais, se jeta devant les naufrageurs. Elle leur cria : - Non ! Arrêtez ! Non, plus jamais ! Ils la repoussèrent. Dans la tourmente était apparue une voile blanche en détresse. Elle cria encore : - Arrêtez ! Cette voile blanche là-bas, je le sais, c'est la chemise de la Vierge. Arrêtez ou cette voile sera notre linceul. Ils la jetèrent à terre avec force, mais sans méchanceté. La tempête avala les cris. Bientôt le bateau fut supplicié par les récifs. Son grand mât tomba doucement, désignant, tel un doigt pointé par le ciel, les naufrageurs qui attendaient sur la grève. Durant un court moment oû la lune s'était dégagée des nuages, le vieux, au milieu des siens, vit la grande voile blanche flotter au-dessus des flots avec la légèreté des châles qui recouvrent les saintes dans les pro¬cessions. Mais le temps pressait. Il fallait jouer du couteau. Achever les presque noyés et les autres, mutilés par la peur. La mort, une fois de plus, fut la danseuse de la nuit, la prêtresse de la grève. Quand l'aube vint, toutes les victimes, poussées sur l'île par les flots, avaient été depouillées, et bien des caisses et des ballots récupérés et mis au sec, en lieu sûr. Mais, horreur ! L'effroyable cauchemar de la mort n'avait pas fini sa partie. - Dieu du ciel, qu'avons-nous fait ? Tous se retournèrent et regardèrent derrière eux, sur le côté. Aziliz était là, chantante et folle, assise sur une pierre. Elle berçait un noyé... son noyé : Erwan. Oui, Erwan, son Erwan à elle, avec sa médaille de saint Gildas autour du соu. С'est alors qu'ils virent, sur un morceau de bordage échoué la, le nom du navire : Marie-Clotilde. - Oh ! Seigneur... nous avons tué nos enfants ! Oui, cette nuit-là devant Ouessant, c'était la Marie-Clotilde qui revenait enfin se mettre à la cape dans la rade de Brest. |
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Date: 2010-12-03 01:33 pm (UTC)no subject
Date: 2010-12-03 01:45 pm (UTC)Вообще я уже сто раз пожалел, что сел за баранку этого пылесоса. Практически поддался на - пусть добрую - провокацию ;-)
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Date: 2010-12-03 01:49 pm (UTC)no subject
Date: 2010-12-03 01:56 pm (UTC)очень тронут и признателен :)
no subject
Date: 2010-12-03 02:02 pm (UTC)no subject
Date: 2010-12-03 02:02 pm (UTC)no subject
Date: 2010-12-03 02:24 pm (UTC)